lundi 17 décembre 2007

Ushuaia, bout du voyage, fin del mundo...

De Buenos Aires nous sommes partis, a trois, sur un chouette bord de près, premier quart pour la cigogne, dans un gros merdier de cargo et de balises dans tous les sens, de vent oscillant... Le ton est donné, ca ne sera pas de tout repos, quoi que... On abat puis empannons a la sortie de la plata, ca deboule a 10 noeuds, route directe, cap au 200, comme d'ab, encore et toujours, un peu d'ouest et surtout beaucoup de sud...

Le rythme s'installe, celui des quarts biensur mais un nouveau rythme également, celui des dépressions, le baromètre en est le métronome, ca oscille dur, sud ouest, forcissant, tourne a droite, molli, nord ouest, grains, front froid, pluie...

Beaucoup de manoeuvre donc, pas beaucoup de moteur, une vrai et belle nav qui me plait, ce qui n'est pas le cas de tous, comment faire de la voile en insultant le vent ?

Je profites des moments d'inaction pour dormir, pas mal, ce qui me vaut quelques remarques a bord, mais quand vient la brafougne, 45 noeuds dans la gueule, je suis en pleine forme, pret a affronter sereinement les élements et préparer un petit curry a l'indienne dans une mer dechainée...

Tout cela dure... 8 jours, la trace sur la carte défile bien, on laisse la péninsule Valdès a droite, les malouines a gauche, il faudra revenir...

Le décor est sobre, mer sombre, blanchie par quelques deferlantes, lumière basse, animé par une foule d'oiseau incroyable, pétrels, damiers du cap, et les majetueux albatros qu'on peu regarder des heures jouer au ras des vagues, sans un battement d'aile...

Jusqu'à ce que le froid commence a me saisir, et oui il commence a faire frisquette, 6ºc cetraines nuits, chauffage a l'interieur, polaires, soupes, café et infusions a toute heure...


De plus en plus froid et de plus en plus de jours, ca va même très vite : un soir, dans les 50ème je prend le quart de milieu de nuit, le quart dit "de merde", sans lune, obscur sous les étoiles que nous laisse entrvoir le ciel. Et puis a peine ai je vu le crépuscule disparaitre qu'une lueur pointe labas au sud, il est 2h30, et oui c'est l'aube !
Preque 8 jours sans ame qui vive pas un seul bateau croisé dans ce coin peu fréquenté, pas une seule terre et le 13 décembre en soirée, sortant de mon habituelle sieste, une ile droit devant, des montagnes...

Vers minuit au crépuscule, on pointe l'etrave a l'entrée de la baie de cook, au nord est de l'ile des états. le vent semble mollir mais a l'approche de la tonne laissée par l'armada argentine, des rafales violentes descendendent des montagne, manoeuvre chaude, dans le noir, me voila couché sur l'étrave, serge me tient les pieds et après quelques tentatives, nous voila enfin amarrés solidement. Decor grandisose au petit matin, la nature a l'etat brut, forêt primaire, sommets dressés au dessus du fjord, on se prend pour des explorateurs, débarquement en annexe, se frayer un chemin vers un petit sommet, pas simple mais tellement bon !!!

Le lendemain, excursion vers le phare du bout du monde, celui de Jules Verne dont la réplique est a la Rochelle, quitté il y a 3 mois exactement, chouette connexion...

Picnic dans ce monument qui recoit moins d'une visite par mois en été, en dehors du monde, en dehors du temps, un mot sur le livre d'or, difficile de rendre compte des sensations de ces instants magiques...


Départ en soirée pour la dernière nav vers Ushuaia, dernière nuit, dernier quart, au matin vent mou, lumière rose, le détroit de lemaire est passé, et voila que j'abat pour embouquer le canal Beagle, 20 noeuds au portant, mer lisse, la musique me fait frémir, ciel couvert qui donne un ton austère, des montagnes partout, de la neige, c'est grand...

Et voila en soirée Ushuaia est devant, c'est une ville, ca fait peur, c'est l'arrivée, la fin du voyage, on s'amarre, a couple de Penduick 6, qulques formalités, discussions banales de marins... Content d'être au bout mais toutes ces étapes du retour express par les airs me font peur, j'aurais bien vu une petite fusée de l'ile des etats au Plessis !
Bref il me reste 3 jours pour aller me dégourdir les jambes, 3 mois de voyages pour venir marcher 2jours en Patagonie... Ridicule ? nooonn l'epanouissement est sur le chemin et non à l'objectif...

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci de nous faire partager ces moments forts, ces émotions devant une nature aussi belle et rude qu'il faut mériter, à laquelle je ne pourrai jamais accéder, tout du moins de cette manière. De belles pensées profondes qui révèlent un vrai tempérament à la fois de marin et de poëte (mais oui !). C'est une sacrée expérience et quel bonheur de te lire. Je t'enverrais bien une petite fusée mais je pense qu'un passage à BA te manquerait. J'ai tellement hâte de te revoir ma cigogne des mers.

Léo a dit…
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Léo a dit…

C'est magnifique ce que tu nous dis là Fab...
Toujours aussi envoutant de lire ces récits d'aventure... et bravo pour ta patience et ton courage ! C'est beau d'aller au bout de ses rêves !

A bientôt.

Anonyme a dit…

¿ Holà Mi Chouchou de las Islas ! Por fin, tú he aquí llegado al cabo de la tierra, allí dónde sólo los marineros meritorios, los que desafiaron vientos, frío y tempestades, se recalientan a la vista de estos surrealistas y sublimas paisajes y se sienten si profundamente existir ...
Ta mission, si tu l'acceptes, en rentrant, contes nous aussi bien que tu l'as ecris le récit de tes superbes aventures ... au coin du feu, un bon rhum à la main, j'imagines ... Prends bien soin de toi pour ces derniers moments et reviens nous vite ! Ta Dinde Ju

Anonyme a dit…

Merci ma bonne Cig pour tous ces beaux réves réaliser par tes textes et photos ....Jules Vernes n'a pas fait bcp mieux !!!
reviens nous vite !